appel Gal de GaulleLe 18 juin dernier, j’ai participé à l’hommage rendu par la municipalité à l’Appel du 18 juin. 50 ans après, il m’a semblé naturel de contribuer à la valorisation de l’histoire de la Résistance dont le Général de Gaulle fut l’un des acteurs de premier plan. Et là, mauvaise surprise, M. Santini entame son intervention par une minute de silence… au Général Bigeard ! Ce dernier a fait partie des forces françaises libres et à ce titre un résistant. Mais comment, au moment où l’on célèbre l’action de Français qui ont refusé l’inacceptable, qui se sont opposés au régime nazi et à celui de Vichy, encenser celui qui, par la suite, avec d’autres, a fait l’apologie de la torture en Algérie contre des militants de l’indépendance, des Henri Alleg et Maurice Audin !

Ce n’était pas encore suffisant. M. Santini a jugé bon d’emblée de faire passer les communistes pour des collabos de la première heure, en s’appuyant sur le pacte germano-soviétique ! Ce pacte a semé le désarroi de la plupart des militants communistes, mais faut-il lui rappeler la déchéance des députés communistes prononcée en 1939 par les autorités françaises, parmi lesquels Gabriel Péri, emprisonnés par le régime de Vichy, y compris en Algérie ? Faut-il lui rappeler les étudiants communistes à la tête de la première manifestation du refus de l’occupation, le 11 novembre 1940 ? Faut-il souligner, une fois de plus, l’engagement des Guy Môquet, Jean-Pierre Timbaud, martyrs de Chateaubriant en 1941 et des milliers d’autres, qui aimèrent la vie « à en mourir » ? Tout près de nous, ce fut le cas de Victor Cresson, maire de notre commune au début de la guerre et qui a fait acte de résistance dans les tout premiers jours du conflit, puis fut arrêté, déporté ; il n’en est jamais revenu.

Lorsque M. Santini appelle à continuer à faire du courage et du refus de la compromission des valeurs actuelles, on aimerait qu’il traduise ces propos dans les faits : si la Fonction publique a besoin de réforme et de modernisation, c’est pour mieux répondre encore aux besoins croissants des habitants et des salariés en la matière. Certainement pas pour accélérer la casse actuelle de tous les acquis du Conseil national de la résistance, comme la fonction publique, les retraites, la Sécu, les services publics – autant de projets de progrès social décidés et mis en œuvre dans une France exsangue. On aimerait aussi qu’il se lève contre les rafles de sans papiers, dont des enfants.

Ce qui est sûr, c’est que M. Santini a de la constance. Secrétaire d’Etat à la Fonction publique, il a introduit le contrat de droit privé et accéléré le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, ainsi que la suppression de dizaines de milliers de postes. Jeudi dernier, alors que des millions de Français manifestaient contre le recul de l’âge de la retraite, il présidait une réunion du Sedif (syndicat des eaux d’Ile de France) pour avaliser le choix d’attribuer à Véolia le nouveau contrat de distribution d’eau potable des 133 communes membres du Sedif. Malgré les remarques peu amènes de la Chambre régionale des comptes sur le type de contrat de « régie intéressée ». Et après avoir refusé tout débat public sur le mode de gestion de l’eau en Ile de France, alors que Paris vient de revenir à une remunicipalisation de la distribution de ce bien public de l’humanité.

L’agenda de M. Santini est déjà très chargé ; il pourrait s’alourdir encore… Pensez donc : le député-maire et encore conseiller régional, président donc du Sedif et de l’agence de bassin Seine-Normandie, vice-président de la nouvelle communauté d’agglo GPSO, ancien ministre, s’apprête, à 70 ans, à cumuler ces nombreuses fonctions avec la présidence de la nouvelle Société du Grand Paris. N’en jetez plus ! Quelle conception de la démocratie et du partage des pouvoirs !

Décidément, de cette vision là du passé, du présent et de l’avenir, il est temps de passer à un projet de société fondé sur la justice sociale, l’égalité, la démocratie. Un autre monde, quoi.appel C.Tillon