Ce fut l'un des films de la sélection non officielle du dernier festival de Cannes. "L'armée du crime" faisait déjà événement : une création qui s'intéresse aux destins de quelques-uns des acteurs des FTP-MOI (main d'oeuvre immigrée), pour la plupart communistes, et de nationalités très diverses (hongrois, arméniens, italiens, polonais...).

Robert Guédiguian nous propose un épisode fort de ces années de Résistance et n'hésite pas à interroger des points difficiles de cette histoire : comment ces hommes, si jeunes, épris de paix, en sont-ils venus à tuer, perpétrant des attentats contre les nazis parmi les plus fracassants ? Il nous parle aussi de l'organisation de ces réseaux, où l'initiative n'est pas permise. Et puis il y a la vie, celle qui permet de tenir, celle qui porte les rêves les plus fous de construire une société radicalement nouvelle.

Les lettres, enfin, les toutes dernières rédigées par ces amoureux de la vie à leur famille. "Marie-toi, sois heureuse et pense à moi souvent/toi qui va demeurer dans la beauté des choses"...

Une leçon de courage, un appel à ne jamais se résigner. Chacun des comédiens contribue à transmettre ce message avec une grande force.

Par son art, par ses actes, Robert Guédiguian est de ces résistants. En avril dernier, il était de ces 108 élus et personnalités en délégation à Israël et en Palestine, pour témoigner et agir pour le respect du droit international.

"Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant" (Aragon, 1955)