claire villiersHier matin, Claire Villiers a fini par être emportée par un cancer qui la rongeait et la taraudait depuis une quinzaine d'années. Jamais, elle ne s'était résolue à laisser tomber, malgré les douleurs, les rechutes, les hospitalisations. A l'image de sa combativité syndicale et politique, elle était déterminée à remporter une victoire sur la maladie aussi. C'est sans doute ce qui l'a beaucoup aidée à tenir pendant toutes ces années, sans nier sa maladie, mais sans jamais se plaindre non plus.

J'ai connu Claire Villiers en 2004, lorsque cette militante catholique, syndicaliste (à l'Anpe), associative (fondatrice d'AC ! contre le chômage), a pensé utile de franchir le pas de l'engagement politique en co-animant, avec Marie-George Buffet, la campagne de l'élection régionale en Ile de France. La liste "gauche unitaire et citoyenne" a marqué le paysage politique par la dynamique qu'elle a créée, par les synergies qu'elle a suscitées, par la nouveauté de cette alliance entre un parti politique et des militants associatifs, syndicalistes soucieux avant tout de créer les conditions d'une transformation citoyenne de la politique.

Claire y a joué un rôle déterminant. Elle m'a personnellement fait mesurer les vertus de la différence, du partage, de la communauté de valeurs et d'idées. Les personnes que j'y ai rencontrées, au sein du réseau Alternative citoyenne, m'ont beaucoup enrichie. Cette diversité a créé un enthousiasme, une motivation qui a permis d'obtenir 7,5% et de constituer un groupe inédit à la Région. Pendant 6 ans, ce groupe si divers, voire hétérogène, a su construire des rassemblements, des propositions dont beaucoup ont permis d'améliorer la vie des plus démunis. Claire y a joué un rôle décisif.

Ce qui marquait chez elle, c'était son esprit d'ouverture, sa grande écoute, ses questionnements essentiels, ses propositions innovantes, sans jamais donner l'impression d'une certitude absolue. Elle s'appuyait en permanence sur l'expérience, tout en y portant un regard critique, y compris sur sa propre action. Avec un fil rouge, qu'elle a mené tout au long de son mandat, malgré les obstacles en tout genre - développer à l'échelle régionale une véritable démocratie citoyenne. Elle disait souvent : "je n'aime pas parler d'habitants, mais plutôt de citoyens, car la démocratie doit concerner tout autant les habitants que les salariés."

Grâce à son action déterminée, elle a pu construire de nombreux projets citoyens, s'appuyant sur les milliers d'associations franciliennes, valorisant la mémoire des territoires, la mémoire ouvrière.

Rongée par la maladie, elle était très présente dans l'institution mais aussi dans la rue, elle qui rêvait de mandats faisant le lien entre la rue et la région.

C'est par tous ces aspects qu'elle m'a beaucoup appris. Y compris lorsqu'en 2007, elle a finalement choisi de soutenir la candidature de José Bové à la présidentielle, écoeurée de la place écrasante qu'avaient prise les partis politiques dans le "chacun pour soi", ce qui a empêché une candidature commune à l'ensemble de la vraie gauche. Elle avait eu beaucoup de mal à s'en remettre et recherchait toutes les possibilités de reconstruire cette unité de valeurs, contre la droite, pour un projet de transformation sociale.

Je ne peux que regretter que toutes ces qualités, cet engagement, ce courage n'aient pas compté au moment des dernières élections régionales et n'aient pas permis de faire réélire Claire Villiers. De très regrettables combines politiciennes ont privé la Région et les Franciliens d'une femme hors du commun, qui apportait beaucoup, qui aurait pu poursuivre sa bataille en faveur d'une démocratie citoyenne. Cette mise à l'écart l'a beaucoup affectée. On le saurait à moins.

Il y a un mois, Claire m'a suggéré des idées de formations pour les élus, les militants, avec des formes innovantes, pour aider les progressistes à mieux porter leurs idées dans l'intense bataille idéologique que mène la droite. J'espère pouvoir donner corps à ses idées.

Claire, nous sentions cette fin inéluctable, ces derniers jours, mais ton départ laisse un grand vide. Je me console en sachant que tu ne souffres plus et je me motive en me disant qu'avec des milliers de militants, nous allons tout faire pour poursuivre ton combat.

Au revoir, et MERCI.

PS. Claire sera enterrée à Colombes ce mercredi 8 décembre à 13h30.