Après huit jours d'occupation du restaurant de l'Ile Saint-Germain, les salariés sans papiers en grève sont en passe d'obtenir une première grande victoire : ce soir, le Sous-préfet des Hauts-de-Seine, Monsieur Lamelot, doit leur remettre à chacun un récépissé de trois mois. Cette décision n'allait pas de soi face à des employeurs qui ont tenté d'user de toutes les ficelles possibles, même les plus grosses.
Intimidation, tentative de division, ce sont des méthodes qu'on connaît chez de nombreux employeurs. Cette fois-ci, Monsieur Rives et ses associés ont tenté d'autres coups : l'ancien rubgyman, qui avait accepté de négocier dans un premier temps, a finalement décidé de prendre l'avion en embarquant les contrats de travail qu'il avait promis de remplir. Par l'entremise de son avocat, il faisait aussi savoir qu'il refusait de payer l'Anaem, taxe pourtant obligatoire lorsqu'on emploie des salariés étrangers. Il a fallu la force de persuasion du sous-préfet pour que M. Rives accepte de revenir avec ces contrats, qui sont un élément incontournable dans la délivrance de récépissés.
"Casque d'or" a déclaré qu'il n'était pas un négrier. N'empêche, les contrats qu'il faisait remplir n'avaient plus grand chose de légal. Il s'est même permis, ces derniers jours, d'embaucher un intérimaire... sans papiers !
Cette première victoire, les salariés la doivent d'abord à eux-mêmes, à leur détermination et à leur unité. Exploités depuis des années, ils travaillent sans compter. Mais la coupé était pleine. Soutenus sans relâche par la CGT et Droits devant, jour et nuit, ils ont donc tenu bon. Ce restaurant est ouvert tous les jours de l'année, même le 1er mai. Il ne ferme que le 1er janvier ! Il fait des millions de bénéfices, mais les employés n'en voient pas la couleur, eux qui travaillent des dix heures par jour, sans moyens de transports pour rentrer la nuit chez eux. Presque tous originaires de la région de Kayes au Mali, les grévistes ont souvent dû laisser leurs femme et enfants dans leur commune d'origine.
La CGT et Droits devant ont donc été des acteurs essentiels pour organiser l'action, tenir dans la durée, négocier avec les employeurs, être des interlocuteurs crédibles auprès du Sous-préfet.
Avec les militants communistes, nous avons été des soutiens dès la première minute. Pour nous, tous les sans-papiers doivent être régularisés. C'est une question d'humanité. C'est une question intimement liée à l'histoire de la France, qui doit rester le pays des droits de l'homme et de l'accueil. Bien sûr, cette démarche politique doit s'accompagner de droits, notamment celui de vote aux élections locales, et d'une politique de coopération avec les pays d'origine de ces migrants.
Elus et militants de gauche ont été présents chaque jour, jusqu'à rédiger ensemble - communistes, socialistes, verts, LCR- un tract à la population, diffusé dans la ville à des milliers d'exemplaires. Les clients du restaurant, les visiteurs du Parc ont été très nombreux à signer la pétition.
Tous ces ingrédients ont permis d'en arriver là aujourd'hui.
Une fois les récépissés obtenus, il ne faudra pas baisser la garde. Il restera alors trois mois pour monter les dossiers de régularisation définitive.
Et puis d'ores et déjà, des salariés d'autres restaurants de la ville sollicitent l'aide de tous. L'action des salariés sans papiers a connu une avancée de poids. Elle doit continuer, avec tous.